La Revue de Créatique est créée pour permettre à l'art de sortir de ses définitions et des milieux qui lui permettent d'exister comme discipline séparée.
L'idée de ce site est apparue vers la fin de l'année 2004. Il s'agissait alors de créer une communauté de réflexion pour une philosophie pratique. L'occasion s'est présentée plus tard finalement, lors de rencontres dans d'autres organisations, de finaliser ce travail commencé de longue date. La créatique revient à la mode, portée par un mouvement de société qui veut faire de l'artiste l'exemple. C'est une entreprise risquée, qui peut atteindre un tout autre objectif que celui visé. La Société de Créatique, éditrice de cette revue, est créée pour porter tout l'attention nécessaire à conserver les objectifs humanistes qui ont été à l'origine du projet moderniste dans le domaine de l'art. Le changement est bien entendu inévitable, l'art le préssent et l'accompagne. L'art a en commun avec la créatique deux points : la formalisation et la méthodologie. En pratique, la créatique permet d'innover, d'améliorer les relations interpersonnelles et l'apprentissage, et même d'améliorer le développement économique d'un projet, de découvrir de nouvelles méthodes et de nouvelles applications.
Le terme est un néologisme daté des années 50 ( Isou revendique son invention… ) ou des années 70 ( Demarest ). Lors de l'événement "Créa-Université" de 2006, organisé conjointement par l'université R. Descartes et l'association Créa-France, on pouvait constater que le terme créatique était inconnu par ses plus éminents spécialistes-mêmes. Son antériorité est pourtant suffisante pour que sa définition soit présente dans plusieurs dictionnaires francophones. Aujourd'hui, le terme est toutefois tombé en désuétude et semble assez daté lorsque l'on en évoque l'existence face au grand public. Par contre, la créativité ( qui est exactement la même chose en pratique ) est, elle, très à la mode, que ce soit dans les magazines traitant du développement personnel, ou en matière de management de projet. La créatique défendue par notre revue se concentre plus particulièrement sur des méthodes d'organisation et est traitée avec des méthodologies, qui, bien que basée sur l'humain, trouvent leur forme dans la logique et l'informatique. La question de la créatique est fondamentale pour tout développement, évitant les effets de la répétition, il permet donc de s'approprier la réalité, principalement en évitant l'effet de tunnel propre à l'expertise. Il faut donc lui donner une définition à la hauteur de ses enjeux philosophiques." Ensemble des techniques de stimulation de la créativité" — Le Robert, cette définition montre la créatique équivalente à la créativité-processus, or il est manitenant clair qu'aucune définition de ce domaine ne peut être juste si elle n'établit la créatique comme se consacrant à la création comme résultat.
"La créatique recherche les conditions qui permettent l'invention."
À l'opposé de la méthode du brainstorming et de ses dérivés jouant de l'immédiateté, notre méthode de créatique est pensée pour le long terme, de l'émergence d'une idée basée sur un problème ou un besoin non pourvu jusqu'à la finalisation matérielle. Elle se doit d'inclure le moment de comparaison entre concept et résultat. Il s'agit donc d'une pensée cyclique. En outre, il s'agit d'une pensée qui peut s'appliquer à l'humain et à l'interaction de l'Homme et de ses environnements. En dernier lieu, il ne faudra jamais ignorer que la créatique s'oppose à de nombreuses barrières dont elle doit tenir compte. C'est justement un objet de la créatique et l'une des raisons qui font que la créatique est par essence un problème non-résolu, qui se voit appliquer une auto-réflexivité méthodologique, et qui en fait un objet à part entière de la philosophie.
Dans un contexte d'avénement récurrents de nouvelles technologies, on attend beaucoup de l'intelligence collective. Les entreprises ne s'y trompent pas, la créativité reposant sur la capacité à échanger des idées entre compétences. Dans les entreprises à forte croissance les outils utilisés ont toujours fait parti du bagage "créatif" : les gands cabinets de consultants ( BCG, ADL, McKinsey… ) ont très tôt utilisé par exemple les représentations graphiques favorisant la compréhension d'informations complexes, par exemple pour le cycle de vie du produit ou sa position concurrentielle. Même d'une manière plus générale et accessible à chacun, on remarque qu'une grille de représentation ou d'analyse permet de créer des passerelles entre différents langages, opinions, ou expertises.
Comme pour d'autres problématiques, on sait qu'il est possible d'augmenter sas capacités en suivant un exercice régulier. Pour atteindre ses objectifs, il faut en avoir le désir, et la conviction de l'existence d'une solution meilleure. Au final, le problème se pose d'une autre manière, puisqu'il faut une seconde fois formaliser le problème quand il est résolu, la solution ne pouvant être reconnue qu'à partir du moment où elle peut être communiquée d'une manière détaillée sous la forme d'un processus inédit et reproductible ( c'est le cas du brevet dans le domaine industriel ).
Sans prétendre être spécialistes de l'Histoire, nous pensons qu'il s'est passé dans le mouvement artistique moderne le phénomène que nous défendons.
Tout d'abord, l'art a accompagné la naissance de l'individu et de la démocratie qui s'incarnent particulièrement dans le romantisme. C'est également le mouvement qui voit naître l'Artiste, et nous sommes toujours dans ce même mouvement. Nous sommes donc toujours dans un mouvement romantique, même s'il s'est subdivisé. Notre point de vue, qui est relativement partagé dans le milieu artistique, est que nous devons terminer de voir l'art à travers le filtre de l'artiste. Nous pensons que l'objet, et plus particulièrement la vision qui en découle, la confrontation des langages, est supérieur à l'art comme discipline, et à l'individualité de l'artiste comme génie de cette discipline. Ceci nous le trouvons dans le mouvement moderne, premier à engager une démarche d'interdisciplinarité et de création.
Le modernisme est aussi le moment où s'invente le design. Il trouve sa plus grande expression dans la création du cadre de vie. La critique de ce point de vue a été fait par le mouvement post-WW2 du situationnisme, qui estimait que la plus grande œuvre d'art était de créer par soi-même son propre cadre de vie, opinion à laquelle nous souscrivons. Le modernisme est avant tout un certain type d'architecture et l'organisation de la ville comme espace d'échange et de production. Ce type de création était en pleine éffervescence au moment où s'est déclarée la seconde guerre mondiale. En quelque sorte, comme on ne voulait pas voir que cette crise allait se déclarer, l'utopie moderniste s'est presque arrêtée là. Certains aspects ont été récupérés mais qu'est devenu ce grand mouvement moderne ?
La Seconde Guerre Mondiale a déchu la dynamique des avant-gardes et de la modernité. Elle lui a donné le coup fatal qui reste par cette cicatrice psychosociale : comme une interdiction de croire en l'avenir, réaction à trop de bonne volonté, à un pacifisme tel qu'il ne su s'ériger au front des totalitarismes. Les dernières voix de ce mouvement se sont peut-être tues à la fin de 68 et désormais nous serions dans une société "Post-", caractérisée par une profusion de sens, transformant la forme en immédiat symbole, et la pratique en cynisme. Les mouvements Posts- sont ceux qui font du style ou de l'intention une simple citation dénuée de sens. À l'heure récente des commémorations de cette guerre marquée par la plus mauvaise utilisation du progrès, il faut croire de nouveau à le rediriger.